Encore une fois, le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, n’a pas hésité à « égratigner » son prédécesseur à la Place Beauvau, Bruno Retailleau au sujet de l’Algérie.
Affirmant que la politique du « bras de fer » perpétuel avec l’Algérie, son peuple et ses autorités, est vouée à l’échec, Nuñez soutien chiffres à l’appui qu’en revanche, la politique de l’écoute, du dialogue et surtout du respect du mutuel, qu’il incarne, a déjà porté ses fruits.
Nuñez contredit Retailleau : « Le bras de fer avec l’Algérie ne marche pas »
En effet, invité sur le plateau d’Europe 1-CNews ce jeudi 7 mai 2026, le ministre délégué à l’Intérieur Laurent Nuñez a affiché sa différence avec Bruno Retailleau en défendant une ligne de « dialogue exigeant » avec Alger. À l’appui : 140 laissez-passer consulaires délivrés depuis sa visite à Alger en février, contre zéro en début d’année. C’est une nouvelle prise de distance publique, et elle n’est pas anodine.
Laurent Nuñez, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et ancien préfet de police, a une nouvelle fois contredit la ligne dure portée par son homophone à la Place Beauvau, Bruno Retailleau, sur le dossier algérien. Interrogé lors de la Grande Interview Europe 1-CNews ce jeudi matin, Nuñez a été direct : la politique de confrontation avec l’Algérie n’a pas fonctionné. « Il fallait sortir de cette logique de bras de fer, d’opposition frontale avec l’Algérie », a-t-il affirmé, avant de défendre sa propre approche — celle du dialogue, du respect mutuel et de la concertation.
140 laissez-passer délivrés : les chiffres qui tranchent le débat
Les résultats avancés par Nuñez sont concrets. Avant sa visite à Alger à la mi-février 2026, aucun laissez-passer consulaire n’avait été délivré depuis le début de l’année — un blocage total, paralysant les reconduites à la frontière de ressortissants algériens en situation irrégulière ou condamnés sur le sol français. « Depuis que je suis allé en Algérie, c’est reparti : nous avons eu 120 laissez-passer délivrés et, hier, nous avons dépassé les 140 », a-t-il déclaré sur le plateau. Le ministre reconnaît que ces chiffres restent insuffisants et que « les choses doivent aller plus loin », mais il y voit une preuve tangible que la coopération franco-algérienne en matière migratoire est relancée — à condition d’adopter le bon registre diplomatique.
« Deux grands États qui se parlent » : Nuñez rejette toute idée de soumission
Face aux accusations de conciliation excessive, Nuñez a tenu à recadrer le débat. « On est dans un dialogue exigeant. Ce sont deux grands États qui se parlent », a-t-il déclaré, refusant toute lecture condescendante de la relation bilatérale. Le ministre a également évoqué la question des vols groupés de reconduite vers l’Algérie, dont la réorganisation fait actuellement l’objet de négociations actives avec Alger. « C’est l’autre élément sur lequel il faut qu’on aboutisse maintenant assez vite », a-t-il conclu.
Alger pragmatique face au dialogue, inflexible face à la pression
Cette séquence diplomatique confirme une réalité structurelle bien connue des observateurs des relations franco-algériennes : l’Algérie ne cède pas à la contrainte, mais sait se montrer ouverte, coopérative et pragmatique lorsque les échanges s’inscrivent dans une logique de respect mutuel et de concertation. Du côté français, l’entourage du ministre se garde de tout triomphalisme, évoquant une reprise « timide, consciente de la sensibilité du dossier et du fait que chaque déclaration publique est attentivement suivie de l’autre côté de la Méditerranée ». Une prudence qui en dit long sur la fragilité des équilibres diplomatiques entre Paris et Alger — et sur l’importance du ton adopté pour les faire avancer.
