L’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO) vient d’analyser en détail la mutation industrielle du secteur minier algérien.
Dans une étude économique intitulée « Valorisation des ressources et progrès du développement des grandes mines », l’agence nippone met en lumière la feuille de route d’Alger : transformer localement ses immenses gisements de fer, de phosphate, de zinc et de plomb pour propulser ses exportations hors hydrocarbures.
Alors que le secteur pétrolier et gazier monopolise toujours près de 90 % des recettes d’exportation du pays, l’Algérie accélère le déploiement de trois projets miniers structurants interconnectés aux réseaux ferroviaires, portuaires et industriels.
1. Gara Djebilet : Le géant du fer monte en puissance
Gisement stratégique du sud-ouest algérien, le site de Gara Djebillet abrite près de 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer réparties sur 40 000 hectares. Longtemps freiné par l’enclavement géographique, le projet franchit une étape décisive :
- Infrastructures ferroviaires : La ligne de chemin de fer reliant la zone minière de Tindouf à Béchar (950 km) a été réceptionnée après 24 mois de travaux menés par l’État algérien et le groupe chinois CRCC. Elle raccorde directement le gisement au réseau national et aux complexes sidérurgiques du nord.
- Transformation industrielle : La société turque Tosyali, en partenariat avec le groupe public Sonarem, prépare la construction d’une unité de traitement primaire à Oran d’une capacité de 4 millions de tonnes par an (livraison prévue fin 2028).
- Objectifs de production : La compagnie Feraal vise une montée en charge progressive : de 4 millions de tonnes par an dans la première phase à 12 millions de tonnes d’ici 2030, pour atteindre à terme un plafond de 50 millions de tonnes par an.
2. Le Projet Intégré de Phosphate (PPI) : 7 milliards de dollars d’investissements
Avec des réserves estimées à plus de 3 milliards de tonnes dans l’est du pays, le secteur du phosphate passe d’une simple logique d’extraction à la création d’une chaîne de valeur chimique complète.
- Gisement clé : Le site de Bled El Hadba (wilaya de Tébessa) recèle 1,2 milliard de tonnes exploitables, garantissant plus de 80 ans d’activité.
- Capacités ciblées : Le projet vise l’extraction de 10 millions de tonnes de phosphate brut par an pour fabriquer près de 6 millions de tonnes d’engrais (acide phosphorique, ammoniac, engrais complexes) dans le futur complexe chimique d’Oued Keberit, dont la mise en service est projetée pour début 2027.
- Logistique et export : Le programme inclut la modernisation et la dédoublement de la ligne ferroviaire Tébessa-Annaba (422 km) ainsi que la construction d’un quai spécialisé au port d’Annaba d’une capacité de 10 millions de tonnes par an.
- Cap sur l’Asie : Pour anticiper l’impact du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF/CBAM) de l’Union européenne, Sonatrach et Sonarem ont signé des accords de commercialisation préliminaires (offtake) avec des géants asiatiques comme l’indonésien Pupuk Indonesia et le pakistanais Fatima Fertilizers.
3. Zinc et Plomb à Tala Hamza : Le bouclage financier imminent
Situé dans la wilaya de Béjaïa, à seulement 15 km de la mer Méditerranée, le projet de Tala Hamza–Oued Amizour repose sur un gisement de 53 millions de tonnes de minerai de zinc et de plomb.
- Structure de la coentreprise : Exploité par Béjaïa Zinc & Lead (BZL), le projet réunit l’Australien Terramin (49 %, opérateur), la filiale de Sonarem ENOF (48,5 %) et l’ ORGM (2,5 %).
- Capacité revue à la hausse : Les études de faisabilité actualisées portent la capacité de traitement à 2 millions de tonnes de minerai par an, optimisant l’exploitation grâce à un abaissement de la teneur de coupure.
- Avancement opérationnel : Le contrat d’ingénierie et de construction (EPC) a été attribué au groupe chinois Sinosteel MECC. La sécurisation du foncier (234 hectares) et les travaux d’accès sont achevés, tandis que les négociations financières avec les banques publiques algériennes entrent dans leur phase finale.
L’attractivité internationale du modèle minier algérien
Le rapport de la JETRO souligne que la réussite de ce virage minier repose sur une synergie entre capitaux publics, partenariats internationaux (chinois, turcs, australiens, italiens) et incitations fiscales via l’Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement (AAPI).
L’organisme japonais conclut que la demande algérienne en équipements lourds, technologies d’enrichissement et ingénierie de pointe créera d’importantes opportunités d’affaires pour les entreprises internationales au cours des prochaines années.
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