La fête de Aïd El Fitr, a été l’occasion, dans de nombreux villages de la wilaya de Tizi-Ouzou, de renouer avec une pratique ancestrale profondément ancrée dans l’identité kabyle : la Timechret.
Ainsi, ce sacrifice collectif de moutons et de veaux, symbole de solidarité, de fraternité et de cohésion sociale, reprend progressivement toute sa place dans le tissu communautaire de la Kabylie
Timechret, au-delà du sacrifice
En effet, Timechret, est une tradition millénaire, partagée à travers toute l’Algérie, mais particulièrement vivace en Kabylie. Elle consiste en un sacrifice collectif organisé par les comités de village, permettant à chaque famille, quelle que soit sa situation économique, de bénéficier de viande lors des grandes fêtes. Grâce à la solidarité villageoise et à la générosité des donateurs, les ménages en difficulté, ont pu, cette année encore, accéder à la viande dès le premier jour de l’Aïd.
Tizra Aissa : un village uni autour de la mémoire et de la tradition
C’est notamment au village de Tizra Aissa, dans la commune d’Aït Yahia Moussa, que la Timechret a pris une résonance particulière cette année. Ce village, terre natale du colonel Krim Belkacem — le Lion des Djebels et figure emblématique de la Révolution algérienne —, avait déjà été au cœur des célébrations la veille, à l’occasion du 19 mars 2026, marquant le 64e anniversaire de la signature des Accords d’Évian. Grands et petits, résidents permanents ou venus spécialement d »Alger, de Tizi-Ouzou ou de Draâ Ben Khedda, tous les habitants se sont rassemblés pour immoler des veaux et partager ce moment de convivialité unique.
Un villageois venu d’Alger pour l’occasion témoigne avec émotion : « Ce n’est pas seulement pour avoir de la viande, c’est surtout pour renforcer l’amitié, la fraternité et la solidarité entre villageois. Cette tradition a survécu à tous les coups. On nous raconte que même durant l’époque coloniale, elle n’a jamais été abandonnée». Il rappelle également que si la Timechret avait été mise entre parenthèses durant la décennie noire, c’est grâce aux comités de villages, qu’elle a été ressuscitée et perpétuée jusqu’à présent.
À M’kira, Timechret solidement ancrée
Le même élan de solidarité et de cohésion s’est manifesté au village d’El Hammam, dans la commune de M’kira, daïra de Tizi-Gheniff. Cette région, qui a également enfanté un grand résistant, le colonel Ali Mellah, vit sa Timechret comme un acte fondateur de la vie communautaire.
Pour les membres du comité de village, organiser ce sacrifice collectif est une «priorité absolue» dans leur programme d’actions annuel, au même titre que les revendications portées auprès des autorités locales.
L’accent est mis en particulier sur la prise en charge des familles démunies, des veuves et des nécessiteux, dans un contexte où le kilogramme de viande dépasse les 3 000 dinars. Un habitant de Tizra Aissa explique le fonctionnement : « Chaque père de famille paie une part, l’autre est prise en charge par le fonds du comité. L’essentiel est de créer une ambiance de fête et surtout de permettre aux enfants d’assister à la Timechret pour graver ce geste dans leur mémoire et le perpétuer à jamais. »
Timechret, pilier de l’identité kabyle et vecteur de cohésion sociale
Au-delà de la dimension religieuse, l’Aïd est indissociable de Timechret. Cette tradition ancestrale ne marque pas seulement la fin du mois de Ramadhan : elle rassemble les villageois autour d’un acte collectif fort, porteur de valeurs de partage, de mémoire et de solidarité intergénérationnelle. À travers elle, c’est toute l’identité culturelle kabyle qui se réaffirme, fête après fête, génération après génération.
