C’est un véritable coup de massue pour les défenseurs des droits humains en Tunisie.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, la justice tunisienne a prononcé une peine d’une violence symbolique et judiciaire rare : 25 ans de réclusion criminelle à l’encontre de Sihem Bensedrine ( 75 ans), figure emblématique de la lutte contre la dictature et ancienne présidente de l’Instance vérité et dignité (IVD).
Une peine cumulative d’une violence inédite
En effet, le verdict est tombé comme un couperet, illustrant le durcissement implacable du régime tunisien. La juridiction a cumulé les condamnations pour atteindre le total vertigineux de 25 ans de prison ferme à travers deux dossiers distincts :
• 5 ans de prison dans l’affaire liée aux accords d’arbitrage de l’IVD.
• 20 ans de prison pour des accusations de faux, usage de faux et préjudice à l’administration dans le cadre du dossier de la Banque franco-tunisienne (BFT).
Pour l’entourage de la militante et les observateurs internationaux, la lourdeur de cette peine ne laisse aucun doute sur la nature politique du procès. « Bien entendu, c’est une décision qui n’a rien à voir avec la justice », a réagi fermement l’ancienne journaliste.
Le procès de la justice transitionnelle et du Printemps arabe
Ancienne présidente de l’IVD, Sihem Bensedrine incarnait le travail de mémoire de la Tunisie post-révolution de 2011. L’instance avait pour mission de mettre en lumière les violations des droits humains commises par l’État tunisien entre 1955 et 2013, afin de briser le cycle de l’impunité.
Aujourd’hui, la justice reproche à la militante d’avoir falsifié une partie du rapport final de l’instance, des accusations qualifiées de « fantaisistes » par ses soutiens et d’« infondées » par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).
Selon Mme Bensedrine, l’objectif derrière la sévérité de ce verdict dépasse sa propre personne : « Ils veulent effacer la mémoire de la justice transitionnelle […]. Ils veulent avoir une base judiciaire pour dépublier le rapport de l’IVD, parce que tant qu’il est publié au Journal officiel, il engage l’État. » Elle dénonce une vengeance orchestrée par « un système de corruption, de répression et de dictature » mené par des fonctionnaires cherchant à délégitimer les années de travail de l’IVD.
Un climat de répression généralisée en Tunisie
Ce verdict d’une sévérité historique s’inscrit dans un contexte politique extrêmement lourd en Tunisie. Depuis le coup de force de juillet 2021 par lequel le président Kais Saied s’est octroyé les pleins pouvoirs, les ONG locales et internationales assistent, impuissantes, à une régression alarmante des droits et des libertés.
La condamnation à un quart de siècle de prison de Sihem Bensedrine sonne comme un avertissement glacial pour quiconque ose s’opposer au pouvoir en place, marquant un tournant sombre dans l’histoire du berceau du Printemps arabe.
