La crise provoquée par la perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz n’a finalement pas entraîné le bouleversement énergétique redouté en Europe.
Selon une analyse publiée par Reuters Open Interest le mercredi 17 juin 2026, le marché européen a réussi à absorber les conséquences de cette situation grâce à une diversification de ses sources d’approvisionnement, parmi lesquelles figure l’Algérie.
En effet, le quasi-arrêt du trafic dans ce passage stratégique, intervenu fin février 2026 dans le contexte du conflit opposant les États-Unis, Israël et l’Iran, a fortement perturbé le commerce mondial du gaz naturel liquéfié (GNL). Près de 20 % des échanges internationaux de GNL ont été touchés par cette interruption.
Cette tension sur l’offre mondiale a provoqué une hausse de 31 % des prix du gaz en Europe depuis le début de la crise, soit une augmentation d’environ 10 euros par mégawattheure sur le marché de référence. La facture énergétique des 27 États membres de l’Union européenne aurait également progressé de 48 % durant cette période, selon l’étude menée par Martin Vladimirov, directeur du programme de géo-économie au Centre pour l’étude de la démocratie, et Borbola Tóth, chercheuse au Centre régional de recherche sur les politiques énergétiques.
Malgré cette pression, l’Europe a évité une crise majeure. L’analyse souligne que les infrastructures européennes n’ont pas subi de blocages significatifs ni de problèmes majeurs de distribution.
L’Algérie parmi les fournisseurs ayant compensé la baisse du GNL
Face à la réduction des volumes disponibles sur le marché mondial, plusieurs pays ont contribué à maintenir la stabilité des approvisionnements européens. L’Algérie figure ainsi parmi les fournisseurs ayant permis de compenser une partie de la baisse, aux côtés des États-Unis et du Nigeria.
Le rôle d’Alger s’est distingué par la particularité de son mode d’exportation. Contrairement aux cargaisons de gaz naturel liquéfié provenant du Golfe, exposées aux perturbations liées au détroit d’Ormuz, le gaz algérien est acheminé directement vers l’Europe grâce aux gazoducs reliant l’Afrique du Nord au continent européen.
Cette connexion directe à travers la Méditerranée a offert un avantage stratégique à l’Algérie durant cette période de tensions internationales.
Les gazoducs méditerranéens, un atout stratégique pour Alger
L’analyse de Reuters souligne que l’importance de l’Algérie ne repose pas uniquement sur les quantités exportées, mais également sur la fiabilité de ses infrastructures gazières.
Dans un marché mondial marqué par une forte perturbation du commerce du GNL, les gazoducs algériens ont représenté une source d’approvisionnement stable pour plusieurs pays européens, notamment ceux du sud du continent.
Pour éviter toute rupture, l’Europe a combiné plusieurs leviers : davantage de gaz naturel liquéfié américain, un recours renforcé aux livraisons algériennes et nigérianes, ainsi qu’une optimisation de ses réseaux internes afin de répartir efficacement les volumes disponibles.
Des données préliminaires de LSEG indiquent par ailleurs que les importations européennes de GNL russe ont progressé d’environ 17 % entre janvier et mai 2026. Les opérateurs maritimes cités par Reuters estiment que la reprise complète du trafic dans le détroit d’Ormuz pourrait prendre plusieurs semaines. De son côté, QatarEnergy a averti qu’environ 17 % de sa capacité de production pourrait être affectée pendant cinq ans.
Les exportations algériennes appelées à conserver un rôle majeur jusqu’en 2040
Au-delà de la crise actuelle, les projections du Centre régional de recherche sur les politiques énergétiques confirment l’importance future du gaz algérien dans l’approvisionnement européen.
Dans un scénario de maintien des tendances actuelles, les importations européennes de gaz en provenance d’Algérie atteindraient environ 307 térawattheures par an en 2030, resteraient au même niveau en 2035 avant de progresser jusqu’à 362 térawattheures en 2040.
Dans une hypothèse où le gaz serait considéré comme un carburant de transition, les volumes algériens resteraient stables autour de 283 térawattheures annuels sur les trois échéances. Dans ce scénario, les importations de GNL américain augmenteraient fortement jusqu’à 1 710 térawattheures en 2030 avant de diminuer progressivement.
Le scénario de décarbonation rapide prévoit, quant à lui, un maintien des importations algériennes à 362 térawattheures par an en 2030, 2035 et 2040.
L’Algérie confirme son statut de partenaire énergétique stratégique de l’Europe
Ces projections montrent que les exportations algériennes pourraient conserver une place centrale dans le paysage énergétique européen, alors que les volumes provenant d’autres fournisseurs de GNL devraient reculer à long terme.
À l’horizon 2040, les importations algériennes pourraient même dépasser celles du GNL américain et celles des autres fournisseurs de gaz liquéfié pris séparément.
La crise d’Ormuz aura ainsi démontré l’importance des partenaires énergétiques proches géographiquement et disposant d’infrastructures fiables, renforçant la position de l’Algérie comme acteur incontournable de la sécurité énergétique européenne.
