Après une période de fortes tensions ayant presque gelé les relations bilatérales, la France semble désormais adopter une approche plus pragmatique vis-à-vis de l’Algérie.
Ainsi, le retour de l’ambassadeur français à Alger, Stéphane Romatet, marque un changement de cap assumé par Paris, qui reconnaît implicitement l’échec de la stratégie de rupture et la nécessité de reconstruire un lien essentiel avec un partenaire incontournable du sud méditerranéen.
Romatet, ou le symbole d’un apaisement recherché
Dans un contexte de recomposition diplomatique, ce repositionnement apparaît comme un signal clair : la France ne peut durablement se passer de coopération avec l’Algérie, notamment sur les dossiers sensibles de sécurité et de mobilité. Annoncé par Élysée le 8 mai, le retour de Stéphane Romatet à Alger intervient après un rappel à Paris en avril 2025, sur fond de tensions diplomatiques renouvelées.
Intervenant ce lundi, sur France Inter, l’ambassadeur a clairement assumé la logique de cette reprise de contact, en insistant sur la nécessité de reconstruire une relation profondément fragilisée : « c’est un retour pour rétablir une relation, pour tenter de la redémarrer, pour essayer de la reconstruire après des mois et des mois, presque deux ans où cette relation a été abîmée ». Ce retour est interprété à Paris comme un aveu implicite : la politique de distance n’a pas permis de régler les différends, bien au contraire.
Une relation jugée indispensable par Paris
Au-delà du symbole diplomatique, la France reconnaît désormais ouvertement le caractère stratégique de sa relation avec Alger. L’ambassadeur insiste d’ailleurs sur les enjeux sécuritaires et géopolitiques majeurs : « Il n’y a pas d’autre choix que de trouver un chemin avec Alger » tout en ajoutant « discuter avec l’Algérie, ce n’est pas faire preuve de faiblesse, c’est une nécessité ».
Dans cette logique, Alger apparaît comme un partenaire central pour la stabilité régionale, notamment en matière de sécurité, de coopération judiciaire et de gestion migratoire.
OQTF : une réalité qui impose le dialogue
Ainsi, l’un des points les plus sensibles concerne les Obligations de quitter le territoire français (OQTF), sujet de crispation récurrent entre les deux pays. Sur ce dossier, la position de l’ambassadeur est sans ambiguïté : sans coopération diplomatique, aucune politique d’éloignement ne peut fonctionner efficacement.
Il affirme : « c’est facile de mettre des Algériens qu’on veut expulser dans des avions, mais si on n’a pas d’échanges et de confiance avec l’Algérie, on ne pourra pas les débarquer ».
Cette déclaration marque un contraste avec les approches plus fermes défendues récemment par certaines figures politiques françaises, notamment Bruno Retailleau, qui privilégiaient une ligne plus coercitive. À l’inverse, la visite du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en Algérie a illustré un retour au dialogue concret, avec des résultats tangibles : 150 laissez-passer consulaires délivrés depuis février 2026.
Des résultats concrets et une dynamique relancée
Selon les données évoquées, 500 ressortissants algériens ont été reconduits à la frontière au premier trimestre 2025, un chiffre que Paris souhaite désormais consolider dans une logique de coopération plutôt que de confrontation. L’ambassadeur espère d’ailleurs une accélération de cette dynamique à l’occasion de la prochaine visite du ministre algérien de l’Intérieur à Paris, destinée à renforcer les mécanismes de coordination entre les deux pays.
Dans cette perspective, les autorités françaises reconnaissent que plusieurs dossiers sensibles nécessitent un dialogue continu, notamment la lutte contre le narcotrafic, les réseaux criminels et certaines affaires judiciaires complexes.
Un pragmatisme assumé face à une réalité diplomatique incontournable
Pour Stéphane Romatet, la ligne directrice est désormais claire : l’efficacité prime sur les postures politiques. « La seule méthode qui compte, c’est celle qui produit des résultats sur les sujets qui sont les plus importants pour nous…Reprendre un dialogue, on sait que c’est difficile, on sait que c’est exigeant, mais ce n’est pas abdiquer, c’est un impératif ».
Ce changement de ton confirme une évolution notable de la position française : loin des tensions et des approches unilatérales, Paris semble désormais privilégier une relation équilibrée, où l’Algérie est reconnue comme un acteur central et incontournable du partenariat euro-méditerranéen.
