Après plusieurs tentatives d’approche dans les secteurs stratégiques algériens, notamment dans l’énergie à travers des relais turcs et espagnols, les Émirats arabes unis (EAU) se heurtent une nouvelle fois à un refus catégorique d’Alger.
Cette fois, le différend concerne deux importantes usines de dessalement considérées comme vitales pour la sécurité hydrique du pays. Derrière cette bataille économique se dessinent des enjeux géopolitiques majeurs, où l’Algérie entend préserver sa souveraineté face aux ambitions croissantes d’Abou Dhabi dans la région.
Une offensive émiratie au cœur du secteur de l’eau
En effet, les Émirats arabes unis, à travers leur entreprise énergétique « Taqa » avait engagé le rachat de l’entreprise espagnole GS Inima pour un montant dépassant 1,1 milliard d’euros, indique le quotidien espagnol El Confidential. Présente dans plusieurs pays, cette société détient notamment des participations stratégiques dans deux importantes usines de dessalement en Algérie, en partenariat avec l’espagnole Aqualia. Cependant, cette acquisition a rapidement pris une dimension politique. En refusant que les actifs algériens de GS Inima passent sous contrôle émirati, Alger a clairement affiché sa volonté de protéger un secteur considéré comme vital pour sa souveraineté nationale.
Alger ferme la porte aux velléités d’Abou Dhabi
Ainsi, les autorités algériennes considèrent les infrastructures de dessalement comme des installations stratégiques directement liées à la sécurité hydrique du pays. Dans un contexte marqué par le stress hydrique et les changements climatiques, le dessalement est devenu un pilier essentiel de la politique nationale de l’eau.
C’est dans cette logique que Sonatrach, à travers Algerian Energy Company et en coordination avec Sonelgaz, refuse catégoriquement l’arrivée de Taqa dans la gestion de ces infrastructures. Les usines de Mostaganem et de Cap Djinet alimentent des centaines de milliers de citoyens et jouent un rôle central dans l’approvisionnement en eau potable des grandes agglomérations. L’usine de Mostaganem, inaugurée en 2011, produit jusqu’à 200 000 mètres cubes d’eau par jour grâce à la technologie de l’osmose inverse. Celle de Cap Djinet dispose d’une capacité similaire et contribue largement à l’alimentation en eau de la capitale et de sa périphérie.
Des tentatives d’influence via l’Espagne et la Turquie
Au-delà de l’aspect industriel, cette affaire révèle une stratégie plus large des Émirats arabes unis visant à accroître leur présence économique et géopolitique en Afrique du Nord. Selon plusieurs observateurs, Abou Dhabi aurait cherché ces dernières années à s’introduire dans des secteurs sensibles algériens à travers des relais étrangers, notamment espagnols et turcs.
L’acquisition de GS Inima apparaît ainsi comme une porte d’entrée indirecte vers des infrastructures stratégiques algériennes. Pour Alger, cette méthode confirme la volonté des Émirats d’étendre progressivement leur influence dans des domaines hautement sensibles, en particulier l’énergie et l’eau.
Cette méfiance est également renforcée par le rapprochement croissant entre Abou Dhabi et Rabat. Les investissements massifs de Taqa au Maroc et les projets énergétiques développés entre les deux pays sont perçus avec prudence par les autorités algériennes, dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.
Une bataille économique aux fortes implications géopolitiques
Par ailleurs, le dossier suscite l’intérêt des plus grands groupes internationaux spécialisés dans l’eau et les infrastructures. L’espagnole Aqualia, déjà partenaire des projets algériens, dispose d’un droit de préemption qui pourrait lui permettre de récupérer les parts concernées si Taqa devait se retirer.
Dans le même temps, plusieurs multinationales européennes suivent de près l’évolution de la situation. Les groupes français et figurent parmi les acteurs intéressés, tout comme l’espagnol , déjà actif dans plusieurs projets d’infrastructures en Algérie.
Pour de nombreux analystes du secteur, l’hypothèse d’un recul d’Alger reste peu probable. Les autorités algériennes semblent déterminées à empêcher toute prise de contrôle étrangère sur des installations considérées comme stratégiques pour la sécurité nationale.
La souveraineté hydrique comme nouvelle ligne rouge
Ainsi, cette affaire dépasse largement le cadre d’une simple transaction commerciale. Elle illustre la volonté croissante de l’Algérie de préserver sa souveraineté économique face aux tentatives d’influence étrangères dans les secteurs névralgiques.
Après l’énergie, l’eau apparaît désormais comme un nouveau front géostratégique majeur en Méditerranée. Et à travers ce refus adressé aux Émirats arabes unis, Alger envoie un message clair : les infrastructures liées à la sécurité hydrique du pays resteront sous contrôle national, quelles que soient les pressions économiques ou diplomatiques exercées de l’extérieur.
