Les relations économiques entre Alger et Paris connaissent un nouveau coup de frein. Sur la période allant de juillet 2025 à juin 2026, les échanges commerciaux entre l’Algérie et la France ont atteint 8,9 milliards d’euros, contre 9,3 milliards sur la période précédente et 11 milliards en 2024.
Cette évolution confirme le ralentissement des flux commerciaux bilatéraux, dans un contexte marqué par le durcissement des règles d’importation en Algérie et la persistance des tensions politiques entre les deux capitales.
Les exportateurs français confrontés à un marché plus contraint
En effet, les chiffres publiés le 7 août 2026 par les douanes françaises montrent que les exportations françaises à destination de l’Algérie se sont établies à environ 4 milliards d’euros. Dans le sens inverse, les importations françaises de produits algériens ont représenté 4,9 milliards d’euros. La France affiche ainsi un déficit commercial de 865 millions d’euros vis-à-vis de son partenaire maghrébin.
Le recul ne se limite pas à quelques catégories de marchandises. Plusieurs secteurs traditionnellement présents sur le marché algérien enregistrent des baisses importantes. Les produits agroalimentaires affichent ainsi une contraction de 60 %. Le secteur automobile recule de 37 %, tandis que les équipements de mesure diminuent de 36,6 %. Les produits sidérurgiques connaissent eux aussi un net repli de 36,4 %, avec des échanges désormais inférieurs à 100 millions d’euros.
Cette évolution intervient après le renforcement du contrôle des importations par les autorités algériennes. Depuis juillet 2025, les opérateurs doivent notamment disposer d’un Programme prévisionnel d’importation (PPI) validé par les autorités compétentes avant de pouvoir effectuer certaines opérations d’importation et de domiciliation bancaire.
À cette nouvelle procédure s’ajoutent d’autres mesures destinées à favoriser la production nationale. Le Droit additionnel provisoire de sauvegarde, appliqué à certains produits déjà fabriqués localement, peut notamment atteindre des niveaux élevés, compris entre 30 % et 120 % selon les marchandises concernées.
Les hydrocarbures restent au cœur des exportations algériennes
Du côté algérien, la baisse des ventes vers la France est principalement liée aux hydrocarbures. Les exportations de ce secteur ont diminué de 22 % pour atteindre 3,5 milliards d’euros sur la période étudiée. Les produits pétroliers raffinés ont également enregistré un recul, mais plus limité, de 6,7 %, pour un montant de 823 millions d’euros.
Malgré cette diminution, les hydrocarbures demeurent largement dominants dans la structure des exportations algériennes vers la France. Ils représentent environ 72 % des ventes, tandis que les produits raffinés comptent pour 16,9 %. À l’inverse, les exportations hors hydrocarbures ne représentent qu’une faible part des échanges, autour de 3,3 %.
Un ralentissement qui dépasse la seule dimension économique
La détérioration des échanges intervient dans un climat politique particulièrement tendu entre Alger et Paris. Les relations bilatérales se sont dégradées depuis l’été 2024, notamment après la décision d’Emmanuel Macron de soutenir la proposition marocaine d’autonomie pour le Sahara occidental, une question particulièrement sensible pour l’Algérie.
Sur le terrain économique, cette dégradation s’est accompagnée d’un changement de politique commerciale de la part d’Alger. Le renforcement des mécanismes de contrôle des importations vise à réduire certains achats à l’étranger et à soutenir les producteurs locaux.
Pour les entreprises françaises, cette évolution se traduit par un accès plus complexe au marché algérien. Les données disponibles montrent également une diminution du nombre d’entreprises françaises exportant vers l’Algérie, avec une baisse moyenne estimée à 150 entreprises par mois entre janvier et octobre 2025.
Alger cherche de nouveaux partenaires
Parallèlement au durcissement de sa politique commerciale, l’Algérie poursuit la diversification de ses relations économiques. La Chine, la Russie et l’Italie occupent une place croissante dans cette stratégie.
Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Chine ont notamment dépassé 9 milliards de dollars au premier semestre 2026, illustrant le poids grandissant de Pékin dans les relations économiques algériennes.
Pour la France, cette évolution représente un enjeu important. Malgré le recul observé, l’Algérie demeure l’un de ses principaux marchés en Afrique, derrière le Maroc. Mais la contraction actuelle des échanges montre que la relation commerciale entre les deux pays n’est plus aussi favorable aux entreprises françaises qu’elle a pu l’être par le passé.
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