Les travaux du Forum économique algéro-tchadien des hommes d’affaires marque un tournant dans les relations commerciales entre les deux pays.
Ces dernières, sont portées par une volonté politique commune et le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Ainsi et lors de son intervention lors de cet événement économique, le ministre du Commerce extérieur et la promotion des exportations, M.Kamel Rezig, a mis en lumière la volonté politique des deux pays à hisser leurs échanges commerciaux, tout en pointant du doigt les principaux obstacles qui freinent cette volonté commune et surtout les moyens de les élaguer.
Des échanges commerciaux en hausse, mais un potentiel largement sous-exploité
En effet, selon M.Kamel Rezig, les échanges commerciaux entre l’Algérie et le Tchad ont progressé de manière continue pour atteindre 1,85 million de dollars en 2024. Un chiffre en croissance, mais encore «très en deçà» des capacités réelles des deux économies, fera remarquer l’orateur.
Pour ce dernier, le Tchad ne se classe qu’en 34ᵉ position parmi les partenaires africains de l’Algérie, un classement qui contraste selon lui, avec la profondeur des liens historiques, géographiques et civilisationnels qui unissent les deux peuples. L’adhésion des deux pays à la ZLECAf, qui prévoit l’élimination de 97 % des droits de douane entre États membres, offre désormais un cadre réglementaire particulièrement favorable au développement du commerce intra-africain et des investissements bilatéraux.
La diversification économique de l’Algérie : un levier pour l’Afrique
Par ailleurs, Kamel Rezig, notera que l’Algérie a engagé une transformation structurelle de son économie qui produit des résultats concrets.
Ses exportations hors hydrocarbures ont triplé depuis 2017, avec un objectif ambitieux fixé par le Président Abdelmadjid Tebboune : atteindre 10 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures. Dans cette dynamique, souligne le ministre du Commerce extérieur, le marché tchadien s’impose comme une destination africaine stratégique à fort potentiel d’absorption.
Ce que l’Algérie exporte vers le Tchad
Dans la foulée, le conférencier mettra en exergue les secteurs clés à fort potentiel d’exportation vers le Tchad
Industrie pharmaceutique
L’Algérie dispose de plus de 218 usines pharmaceutiques actives et couvre l’équivalent de 30 % des besoins médicamenteux du continent africain. Le Tchad représente un débouché naturel pour cette production.
Engrais et produits chimiques
Ce secteur a enregistré une croissance de 9 % en 2025, générant 1,5 milliard de dollars de recettes. Il constitue un levier direct pour renforcer la sécurité alimentaire au Tchad et dynamiser l’agriculture dans le bassin du lac Tchad.
Matériaux de construction, céramique et verre
Avec une croissance de 11 % et 560 millions de dollars de recettes en 2025, ce secteur répond directement aux besoins des grands chantiers d’infrastructures tchadiens, avec des produits algériens de haute qualité disponibles en grandes quantités.
Industries alimentaires et produits agricoles
Les exportations ont progressé de 13 %, portées par des produits à forte demande sur les marchés africains : huiles, pâtes alimentaires, épices et dattes.
Appareils électriques et électroniques
Performance record en 2025 avec une croissance de 36 %, positionnant l’Algérie comme un acteur compétitif dans les secteurs technologiques d’équipement à l’échelle continentale.
Énergie et énergies renouvelables
La visite du Président Idriss Déby Itno en Algérie en septembre 2025 a ouvert des perspectives concrètes de coopération dans les hydrocarbures et l’énergie propre, secteur en pleine expansion dans les deux pays.
Les obstacles à lever pour fluidifier les échanges
Plusieurs freins structurels limitent encore le développement du commerce bilatéral :
- Absence de corridors terrestres réguliers entre les deux pays — faisant de Tamanrasset un carrefour logistique stratégique à développer comme porte d’entrée de l’Algérie vers l’Afrique subsaharienne
- Manque de lignes de crédit flexibles entre banques algériennes et tchadiennes, et faiblesse des mécanismes d’assurance des exportations
- Insuffisante coordination dans la participation aux foires et salons économiques bilatéraux
Un impératif continental : dépasser les 15 % du commerce intra-africain
Enfin, M.Kamel Rezig, indiquera que le commerce intra-africain ne représente aujourd’hui que 15 % du commerce total du continent, un retard structurel que le rapprochement algéro-tchadien ambitionne de contribuer à combler.
À travers ce forum, Algérie et Tchad entendent poser les bases d’accords commerciaux concrets, de partenariats d’investissement durables et d’une coopération économique à la hauteur de leurs potentiels respectifs.
