« Qui connaît l’autre et se connaît lui-même peut livrer cent batailles sans jamais être en péril. Qui ne connaît pas l’autre mais se connaît lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même perdra inéluctablement toutes les batailles. ». Cette citation, extraite de L’Art de la guerre de Sun Tzu, est pour ainsi dire le mantra de tout stratège qui se respecte.
L’actuel conflit au Moyen-Orient, opposant la coalition américano-israélienne à l’Iran, rappelle chaque jour l’aspect crucial du renseignement.
À l’évidence, les États-Unis et Israël ont sous-estimé les capacités opérationnelles et militaires de l’Iran à non seulement se défendre contre cette agression, mais à répliquer avec force et précision.
Mieux encore, les deux puissances belligérantes envisageaient « naïvement » qu’il suffirait d’éliminer l’ayatollah Ali Khamenei, le tout accompagné d’un tapis de bombes sur Téhéran, pour que le peuple iranien se « révolte » contre ce que les médias occidentaux appellent le « régime des mollahs ».
Vingt-cinq jours après le début du conflit, l’Iran surprend les observateurs les plus avertis de la scène géopolitique par sa résilience et sa pugnacité à toute épreuve.
Exit le Mossad de Netflix !
Ce bourbier dans lequel se sont empêtrés le président américain et son allié de circonstance Benjamin Netanyahu serait imputable à l’incompétence — et c’est là un doux euphémisme — du « Tout-Puissant » Mossad, service de renseignement extérieur et des opérations spéciales d’Israël.
Ainsi, à en croire les journalistes du New York Times, le Mossad aurait livré de « fausses informations », ou du moins des informations biaisées, au sujet de l’« imminente » chute du régime iranien, laissant entendre qu’il suffirait de lui asséner une « pichenette » pour qu’il s’affaisse tel un château de cartes.
En somme, et selon le même média, le Mossad israélien — le vrai, pas celui que la propagande hollywoodienne tente de véhiculer — aurait « vendu du vent » à Netanyahu, qui à son tour a dupé Trump, lequel, de l’avis de nombreux experts, est certes un homme d’affaires de talent, mais très limité en matière de géopolitique.
Le « printemps perse »…
D’après ce prestigieux média, à l’approche du conflit avec l’Iran, le chef du Mossad, David Barnea, aurait présenté au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu un plan ambitieux. Celui-ci reposait sur l’idée que, dès les premiers jours de la guerre, les services de renseignement israéliens pourraient catalyser l’opposition iranienne.
Dans cette optique, et toujours selon les informations du NYT, des manifestations, des émeutes et divers actes de rébellion étaient envisagés, avec en ligne de mire un possible effondrement du régime iranien. Cette stratégie rappelle une autre, bien rodée : celle des tristement célèbres « printemps arabes », que certains esprits machiavéliques ont soufflés en Syrie et en Libye, et avaient tenté vainement d’implanter en… Algérie.
Concernant l’Iran, cette manœuvre aurait également été exposée à des responsables de l’administration Donald Trump lors d’une visite à Washington à la mi-janvier, révèle le quotidien.
Netanyahu aveuglé par son obsession iranienne
Par la suite, Benjamin Netanyahu aurait validé cette stratégie, en dépit des doutes exprimés par certains responsables américains et par des membres d’autres agences de renseignement israéliennes. Pourtant, malgré ces réserves et ces appréhensions, Netanyahu, mu par son obsession « messianique » d’anéantir l’Iran pour se valoriser aux yeux de ses compatriotes — notamment la frange ultra-orthodoxe — s’est entêté à approuver le plan de ses services de renseignement.
L’hypothèse privilégiée reposait sur une offensive rapide : l’élimination de dirigeants iraniens dès le début du conflit, suivie d’opérations clandestines destinées à encourager un changement de régime. Les dirigeants israéliens et américains semblaient alors convaincus qu’un soulèvement massif pourrait écourter la guerre de manière décisive.
Effet boomerang !
Or, trois semaines après le déclenchement des hostilités, ce scénario ne s’est pas matérialisé. Les évaluations des services de renseignement américains et israéliens indiquent que, bien que fragilisé, le régime iranien demeure solidement en place.
Pire — ou mieux, c’est selon —, les Iraniens que le Mossad prédisait prêts à lâcher et à lyncher leurs dirigeants à la première salve de missiles se sont, au contraire, unis derrière Ali Khamenei dans un premier temps, puis autour de son fils Mojtaba, qui, selon de nombreux experts américains, jouit d’une grande popularité auprès de la population iranienne. Au 25e jour du conflit, on assiste en effet à un véritable effet boomerang : l’ensemble des prédictions et scénarios envisagés ne se sont pas réalisés et ont, qui plus est, produit l’effet inverse de celui escompté.
De même, les perspectives d’actions coordonnées de groupes armés à l’extérieur du pays demeurent très limitées.
Les États-Unis et Israël naviguent à vue !
Dès lors, l’idée selon laquelle une révolte généralisée pourrait être déclenchée apparaît comme une faille majeure dans la préparation du conflit, désormais étendu à plusieurs zones du Moyen-Orient.
Contrairement aux attentes, le régime iranien ne s’est pas effondré de l’intérieur. Il a, au contraire, consolidé ses positions et intensifié les hostilités, multipliant les frappes et contre-frappes contre des bases militaires, des zones urbaines, des navires dans le golfe Persique, ainsi que des installations pétrolières et gazières stratégiques.
Cette reconstitution des événements s’appuie sur les témoignages de plus d’une dizaine de responsables, actuels et anciens, américains, israéliens et d’autres nationalités, la plupart ayant requis l’anonymat en raison de la sensibilité des questions de sécurité nationale. Les analyses divergent quant à la probabilité d’un soulèvement en Iran, certains experts estimant que les conditions internes restent défavorables à une mobilisation de grande ampleur.
« Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même… »
En filigrane, plusieurs sources évoquent aujourd’hui la fragilité des informations initialement fournies par le Mossad. Le plan présenté par David Barnea aurait reposé sur des évaluations jugées, a posteriori, insuffisamment étayées quant à la capacité réelle de l’opposition iranienne à se mobiliser à grande échelle.
Ces analyses auraient été transmises au plus haut niveau par Benjamin Netanyahu, puis partagées avec les responsables américains, contribuant à forger une perception excessivement optimiste de la situation interne en Iran.
Cette chaîne de transmission du renseignement — du Mossad jusqu’aux cercles décisionnels américains — apparaît comme un facteur déterminant dans l’adoption d’une stratégie aujourd’hui sérieusement remise en question. Plusieurs observateurs estiment que cette surestimation des dynamiques internes iraniennes a pesé lourdement sur les choix initiaux, en orientant les décideurs vers un scénario qui ne s’est finalement pas concrétisé.
