Huit jours viennent de s’écouler depuis le début de l’agression américano-israélienne contre l’Iran baptisée « Epic Fury » et cette guerre semble réserver nombres de surprises aux plus fins observateurs de la scène géopolitique.
Contrairement à ce qu’il convient d’appeler la « guerre des 12 jours » ayant opposé, en juin dernier, Israël et l’Iran, cette fois-ci les États-Unis de Donald Trump se sont engagés de toutes leurs forces dans ce conflit, qui s’annonce déjà comme un véritable bourbier pour l’armée américaine.
Voici quelques éléments objectifs qui tendent à montrer que Donald Trump s’est lancé dans une guerre où toutes les variables n’ont visiblement pas été prises en compte.
L’Iran n’est pas le Venezuela !
En effet, les États-Unis, qui tablaient sur une « guerre éclair », sans trop grande résistance de la part des Iraniens, ont été pris de court par la puissance de feu et les ripostes iraniennes, lesquelles, faut-il le souligner, sont aux antipodes de celles observées en juin dernier.
Et pour cause : à chaque attaque de l’alliance américano-israélienne, l’armée iranienne ne se contente plus de drones et d’autres missiles à faible portée. Elle frappe avec force en infligeant des pertes considérables à Israël, notamment en visant des installations militaires et énergétiques à Tel Aviv.
À ce propos, le parallèle entre l’Iran et le Venezuela mérite que l’on s’y attarde. Donald Trump s’est laissé berner par ses propres services de renseignement et ceux du Mossad israélien, en pensant qu’il suffisait d’éliminer le guide suprême iranien, Ali Khamenei, pour voir Téhéran tomber et les Iraniens l’accueillir avec des fleurs et des bonbons.
Grossière erreur !
Le Venezuela de Nicolás Maduro n’est en rien comparable à l’Iran, et ce, à plus d’un titre. Le Venezuela était déjà fragilisé par une corruption à tous les niveaux et une population qui subissait le diktat d’un « Chavez version Wish ».
Le kidnapping de Maduro, qui avait choqué l’opinion internationale et suscité des indignations à travers la planète, n’avait pas ému plus que de raison le peuple vénézuélien. La vie avait repris son cours au bout de quelques jours, sous la « tutelle » de l’administration Trump.
Preuve en est : récemment encore, la présidente par intérim du Venezuela, Mme Delcy Rodríguez, a reçu « chaleureusement » le secrétaire américain à l’Intérieur, Doug Burgum, connu pour sa proximité avec l’industrie pétrolière et gazière. Sous la forte pression de Washington, Delcy Rodríguez – qui a déjà accueilli plusieurs officiels américains – a opéré une réforme de la loi sur les hydrocarbures ouvrant le secteur au privé, promulgué une amnistie devant permettre la libération de tous les prisonniers politiques et promis une réforme judiciaire. Chose littéralement inconcevable en Iran.
Une puissance de feu insoupçonnée
En outre, s’agissant de l’Iran, nombreux sont les observateurs à admettre que la République islamique avait bien dissimulé ses cartes (sa force de frappe) lors de la guerre de juin dernier.
Pour ce « second round », l’Iran vient en effet de sortir l’artillerie lourde, ce qui a eu pour effet de dérouter – et ce n’est qu’un doux euphémisme – les deux armées les plus puissantes du monde.
Les autorités iraniennes ont longtemps averti que toute attaque américaine ou israélienne sur le sol iranien serait considérée comme le début d’une guerre plus vaste, et non comme une opération circonscrite. Après l’assassinat de Khamenei, ce message s’est durci.
Il faut dire que la force de missiles iranienne est essentielle à sa stratégie militaire. Les analystes de la défense la décrivent comme la « plus importante » et la « plus diversifiée » du Moyen-Orient, comprenant des missiles balistiques et de croisière conçus pour conférer à Téhéran une portée suffisante, même sans force aérienne moderne.
Selon le The Washington Post, depuis le déclenchement de cette guerre, Téhéran a envoyé plus de 900 missiles et 2 300 drones en direction d’Israël et des pays du Golfe.
Ces chiffres seraient, selon la même source, « sous-estimés » en raison du manque de communication et d’informations sur le sujet. De plus, les missiles balistiques iraniens à la plus longue portée peuvent parcourir entre 2 000 et 2 500 km.
Cela signifie qu’ils peuvent atteindre Israël, les bases américaines du Golfe et une grande partie de la région. Cependant, contrairement aux affirmations de Trump et de certains de ses proches, ces missiles ne peuvent en aucun cas atteindre les États-Unis.
Voici les principaux missiles dont dispose l’Iran et leur portée :
- Missiles à courte portée : la première frappe
Les missiles balistiques à courte portée (environ 150 à 800 km) sont conçus pour des cibles militaires proches et des frappes régionales rapides.
Les systèmes principaux comprennent les variantes Fateh, Zolfaghar, Qiam-1 et les missiles plus anciens Shahab-1 et Shahab-2. Leur portée réduite peut constituer un avantage en cas de crise. Ils peuvent être lancés en salves, ce qui raccourcit le temps d’alerte et complique les frappes préventives.
- Missiles à moyenne portée : un nouveau visage
Si les missiles à courte portée constituent la riposte rapide de l’Iran, les missiles balistiques à moyenne portée – d’une portée d’environ 1 500 à 2 000 km – permettent à l’Iran de donner une dimension régionale à sa riposte.Des systèmes tels que Shahab-3, Emad, Ghadr-1, les variantes Khorramshahr et Sejjil, ainsi que des modèles plus récents comme Kheibar Shekan et Haj Qassem, confèrent à l’Iran une capacité de frappe plus dévastatrice.
- Missiles de croisière et drones
Les missiles de croisière volent à basse altitude, épousent le relief et sont souvent plus difficiles à détecter et à suivre, surtout lorsqu’ils sont lancés conjointement avec des drones ou des salves balistiques destinées à saturer les défenses aériennes.
L’Iran est largement considéré comme possédant des missiles de croisière d’attaque terrestre et antinavire, tels que Soumar, Ya-Ali, les variantes du Quds, Hoveyzeh, Paveh et Ra’ad. Le Soumar aurait une portée de 2 500 km.
Téhéran a consacré des années à renforcer une partie de son programme de missiles dans des tunnels de stockage souterrains, des bases dissimulées et des sites de lancement protégés à travers le pays.
Ce réseau complique la réduction rapide de la capacité de lancement iranienne et oblige les États-Unis et Israël à supposer qu’une certaine capacité survivra même à une première vague d’attaques d’envergure.

La « malédiction » des bases US dans le Golfe
Par ailleurs, les États-Unis et Israël se sont heurtés à une donnée qu’ils n’avaient pas anticipée ni même envisagée : les attaques de l’Iran contre les pays du Golfe abritant des bases américaines.
Aussi bien Trump que Benjamin Netanyahu n’avaient à aucun moment imaginé que l’Iran allait s’en prendre aux pays voisins sous prétexte qu’ils abritent des bases américaines sur leur sol.
D’ailleurs, les frappes sur Abu Dhabi, Riyadh, Kuwait City et même Amman ont provoqué la stupéfaction chez les agresseurs. Ces bases américaines sont devenues des cibles de choix pour Téhéran et constituent un moyen de pression diplomatique sur les États-Unis.
À travers ces frappes, l’Iran cherche à pousser les pays du Golfe à faire pression sur Washington pour mettre fin à la guerre. Téhéran veut rendre le coût financier de ce conflit trop lourd à supporter en attaquant leurs économies (pétrole, tourisme, marchandises, infrastructures). Les États ciblés doivent tirer des missiles d’une valeur de plusieurs millions de dollars chacun pour se protéger.
Le « pacte » entre les pays du Golfe et les États-Unis repose sur une coopération stratégique de longue date, centrée sur la sécurité, l’énergie et la finance. Ces liens se sont renforcés sous Donald Trump.
L’an dernier, Washington avait annoncé des investissements de plus de 2 000 milliards de dollars dans la région. Or les attaques de l’Iran contre ces pays sont devenues un tribut trop lourd pour les États voisins, qui pèsent désormais de tout leur poids économique pour faire cesser cette guerre.
Un gouffre financier pour les États-Unis
Dernier point, et non des moindres, car il s’agit ni plus ni moins du nerf de la guerre : le coût financier.
Quel est le coût réel du conflit au Moyen-Orient ? L’opération « Epic Fury », déclenchée par les États-Unis contre l’Iran le 28 février, représente déjà une charge importante pour les finances publiques américaines.
Cette intervention militaire intervient alors que Donald Trump réclame une « capitulation sans condition » de Téhéran, ce qui laisse envisager un affrontement susceptible de durer dans la région.
Du côté des démocrates, certains avancent un coût d’environ un milliard de dollars par jour, mais l’évaluation reste complexe. Les détails concernant l’ensemble des frappes menées, ainsi que les armes et munitions employées, ne sont pas totalement connus, et le Pentagone n’a pas communiqué de chiffres précis.
Les républicains, tout comme plusieurs spécialistes militaires, estiment que ce montant pourrait être surestimé. Néanmoins, pour les premiers jours de l’opération, cet ordre de grandeur paraît plausible. Plusieurs instituts indépendants ont tenté d’évaluer la facture.
Près de 900 millions de dollars en quatre jours!
Selon le Center for Strategic and International Studies, les dépenses militaires atteindraient environ 890 millions de dollars par jour, les opérations aériennes et navales représentant la part la plus coûteuse de l’intervention.
Des chercheurs de la Brown University arrivent à une estimation proche : environ 3,7 milliards de dollars pour les quatre premiers jours du conflit.
La facture finale dépendra évidemment de la durée des hostilités. À ces dépenses militaires s’ajoutent d’autres effets économiques pour les États-Unis, notamment la hausse des prix du carburant. Une telle situation pourrait rapidement prendre une dimension politique, alors que les élections de mi-mandat prévues en novembre approchent.
Pour finir, ce conflit pourrait bien devenir un piège stratégique pour Washington. En sous-estimant la capacité de résistance de Téhéran, la profondeur de son arsenal militaire et les conséquences régionales d’une telle confrontation, les États-Unis risquent de s’enliser dans une guerre dont l’issue demeure incertaine.
Entre pression militaire, coût économique croissant et tensions avec les alliés du Golfe, l’opération voulue par Donald Trump pourrait transformer une démonstration de force en un conflit long et coûteux, dont les répercussions dépasseront largement les frontières du Moyen-Orient.
