Le paysage énergétique espagnol subit un boulversement majeur. Alors que la bataille pour l’approvisionnement en Europe fait rage, l’Algérie consolide sa suprématie absolue en Espagne, reléguant les États-Unis au second plan.
Selon les dernières données de la Corporation des réserves stratégiques de produits pétroliers (Cores), le géant nord-africain s’impose plus que jamais comme le leader incontesté du marché ibérique, profitant de l’effondrement spectaculaire des livraisons américaines.
Suprématie algérienne : Une domination écrasante sur le marché espagnol
L’Algérie ne se contente plus de devancer ses concurrents : elle dicte le tempo. En mai, les exportations de gaz algérien vers l’Espagne ont bondi de 64,2 % sur un an, atteignant le volume impressionnant de 13 367 GWh.
À elle seule, l’Algérie a pesé pour 42,7 % des importations mensuelles espagnoles. Cette dynamique agressive se confirme sur le long terme : entre janvier et mai, les livraisons algériennes totalisent 53 770 GWh (+8,6 %), scellant définitivement la position de l’Algérie comme le premier fournisseur de gaz de la péninsule.
Le détrônement des États-Unis : Une chute de 48 % des importations américaines
C’est le grand paradoxe de cette reconfiguration : les États-Unis, qui avaient pourtant renforcé leur influence en Europe après le début du conflit en Ukraine, subissent un sérieux coup d’arrêt en Espagne.
- Chute libre en mai : Les importations de gaz américain ont fondu de 48,1 % pour s’établir à 4 763 GWh.
- Perte de parts de marché : La part des États-Unis dans le mix espagnol est tombée à seulement 15,2 % sur le mois.
- Bilan annuel en recul : Depuis le début de l’année, les volumes en provenance de Washington affichent un recul de 6 % (51 852 GWh).
Ce ralentissement marqué montre que le gaz naturel liquéfié (GNL) américain, plus coûteux, perd du terrain face à la compétitivité et à la régularité des infrastructures algériennes (notamment via les gazoducs).
La Russie s’engouffre dans la brèche et double les États-Unis
La baisse d’influence américaine n’a pas seulement profité à Alger. La Russie a opéré un retour en force spectaculaire en mai, s’emparant de la deuxième place des fournisseurs mensuels, juste derrière l’Algérie.
Avec 8 726 GWh expédiés en mai (+58,5 % sur un an), Moscou a fourni 27,9 % du gaz importé par l’Espagne ce mois-là, soit le double des volumes américains. Une situation paradoxale à l’heure où l’Union européenne cherche à s’affranchir de la dépendance russe, mais que l’Espagne exploite grâce à la flexibilité de ses terminaux de regazéification de GNL.
Tableau comparatif des importations de gaz en Espagne (Mai)
| Fournisseur | Volumes en Mai (GWh) | Évolution sur un an (%) | Part de marché mensuelle (%) |
| Algérie | 13 367 | +64,2 % | 42,7 % |
| Russie | 8 726 | +58,5 % | 27,9 % |
| États-Unis | 4 763 | -48,1 % | 15,2 % |
L’Espagne, hub du GNL et partenaire historique d’Alger
Au total, l’Espagne a importé 31 313 GWh de gaz en mai (+1,8 %). Si le GNL reste majoritaire à l’échelle globale (19 632 GWh contre 11 680 GWh par gazoduc), la proximité géographique de l’Algérie et la fiabilité de ses livraisons en font le partenaire le plus stratégique et le plus rentable pour Madrid.
Face à des États-Unis en perte de vitesse et une Russie sous surveillance, l’Algérie réaffirme sa souveraineté énergétique sur l’Espagne, redessinant la carte géopolitique du gaz en Méditerranée.
