Le Royaume du Maroc est frappé de plein fouet par la crise énergétique laquelle découle du conflit au Moyen-Orient. Rabat cherche désespérément à s’approvisionner en gaz naturel. En vain.
Ainsi, un rapport de la société de conseil en risques pour l’Afrique du Nord (NARCO), envoyé par courrier électronique à la plateforme spécialisée Energy (basée à Washington), a montré une baisse aiguë des importations de gaz du Maroc au cours du mois de mars dernier, tout en soulignant en la «position de force » de l’Algérie.
Une baisse drastique enregistrée
En effet, la même source mentionne que la moyenne des approvisionnements en gaz vers le Maroc au cours des deux dernières semaines a atteint 7,2 gigawattheures par jour, en baisse de 71,2 % par rapport à la moyenne des deux semaines précédentes (du 1er au 15 mars), qui était de 25 gigawattheures par jour. « Il reste encore difficile de déterminer si le Maroc rencontre des difficultés pour sécuriser des cargaisons de gaz naturel liquéfié à regazéifier en Espagne, ou s’il évite d’acheter les cargaisons disponibles en raison de la hausse des prix », précisent les auteurs dudit document.
Ces évolutions reflètent une fragilité structurelle du secteur énergétique marocain, tout en sachant que le royaume dépend des importations pour couvrir plus de 94 % de ses besoins énergétiques, ce qui le rend directement exposé aux fluctuations des marchés mondiaux.
D’une dépendance à une autre…
Par ailleurs et face à la forte baisse des importations de gaz du Maroc, Rabat s’est tourné vers un renforcement de sa dépendance au charbon, notamment importé de Russie, en tant qu’option moins coûteuse et plus disponible par rapport aux cargaisons de gaz naturel liquéfié sur le marché spot.
Il convient de noter que le Maroc, malgré une dépendance de 6,5 % aux énergies renouvelables dans la production d’électricité en 2025, a également vu la production d’électricité à partir du charbon augmenter de 5 %, contre 2 % pour la production à partir du pétrole.
Les évolutions récentes des marchés de l’énergie devraient accroître les charges financières sur l’économie marocaine, la facture des importations énergétiques étant susceptible d’atteindre environ 124 milliards de dirhams (13,24 milliards de dollars) d’ici 2026, si les prix du pétrole se maintiennent au-dessus de 100 dollars le baril, contre 107,56 milliards de dirhams (11,49 milliards de dollars) en 2025.
Les marocains victimes de l’hostilité du Makhzen
À l’évidence, le Maroc est aujourd’hui victime de ses mauvais choix politiques et l’animosité manifeste du Makhzen marocain envers l’Algérie. Et pour cause, depuis la décision algérienne de fermer les vannes du gazoduc Maghreb-Europe (GME) en 2021, suite à une succession d’« actes hostiles » du royaume, le Maroc a perdu une source d’approvisionnement énergétique non seulement fiable, mais quasiment gratuite.
En effet, il faudrait rappeler que le GME constituait le lien gazier direct entre l’Algérie et l’Espagne, en traversant le territoire marocain. Durant toute la période d’exploitation du gazoduc, de son inauguration en 1996 jusqu’à sa mise hors service en 2021, l’Algérie acheminait chaque année vers l’Espagne et le Portugal un volume d’environ 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel.
En échange du droit de traversée de son territoire, le Maroc bénéficiait d’une allocation annuelle avoisinant le milliard de mètres cubes de gaz naturel, ce qui couvrait 97 % de ses besoins nationaux. Ce volume se composait pour moitié de droits de transit versés en nature, et pour l’autre moitié de gaz acquis à des conditions tarifaires préférentielles, selon des spécialistes du secteur énergétique.
Au total, les recettes de transit générées par le GME étaient estimées à environ 50 millions de dollars par an pour le royaume. Le gaz algérien alimentait deux centrales thermoélectriques : celle de Tahaddart, dans le nord du pays, et celle d’Aïn Beni Mathar, dans l’est, avec un apport combiné de 700 millions de mètres cubes annuellement. Désormais et à cause des manigances du Makhzen marocain envers l’Algérie et son hostilité avérée, le Maroc est pour ainsi dire revenu à l’âge de pierre en matière énergétique.
