Après des années d’absence, les multinationales de l’énergie se bousculent à nouveau en Algérie
Ils étaient partis, parfois sous la tempête ou après avoir vendu leurs actifs. En l’espace de quelques semaines, le géant britannique BP et le champion italien de l’ingénierie Saipem ont pourtant officialisé leur grand retour en Algérie.
Derrière ce timing parfait, un signal clair : le marché énergétique algérien a radicalement changé de visage, au point de faire revenir ses anciens partenaires les plus sceptiques.
C’est ce qui s’appelle renverser la vapeur. Alors que le secteur de l’énergie vit une restructuration mondiale, l’Algérie réussit un joli coup double en réintégrant deux des plus grosses multinationales du secteur. Mieux qu’une simple coïncidence, ces retours successifs marquent le début d’une nouvelle ère, portée par la confiance retrouvée et une agressivité commerciale assumée.
Saipem : La réhabilitation par le méga-projet du siècle
Pour Saipem, le retour se fait par la grande porte, seize ans après s’être éloigné du pays à la suite de turbulences judiciaires. Entièrement acquittée par la cour d’appel d’Alger en 2023 avec la levée du gel de ses comptes bancaires, la firme italienne a définitivement tourné la page.
Son rapport financier d’avril 2026 confirme ce que beaucoup espéraient : Saipem est de retour sur le terrain. Et pas sur n’importe quel chantier. Sonatrach lui a confié la phase d’ingénierie cruciale (le FEED) du mégaprojet intégré de phosphate à Bled El Hadba (Tébessa).
Ce contrat ne se limite pas à l’extraction minière. Saipem va concevoir un hub industriel complet :
- Des installations de transformation d’engrais à Oued Keberit (Souk Ahras).
- La modernisation des infrastructures logistiques et ferroviaires.
- L’aménagement stratégique du port d’Annaba pour doper les exportations de produits finis.
BP : Trois ans après son départ, la firme fait machine arrière
Si le retour de Saipem s’est dessiné après sa réhabilitation juridique, celui de British Petroleum (BP) a pris tout le monde de court. En 2023, le géant britannique bouclait ses valises en cédant la totalité de ses parts dans les gisements majeurs d’In Salah et d’In Amenas à l’italien Eni, mettant fin à 30 ans de présence. On pensait l’histoire terminée.
Trois ans plus tard, l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft) vient d’officialiser l’octroi d’une nouvelle licence d’exploration à BP dans le Bassin oriental. Pourquoi ce retournement de situation ? Parce que le sous-sol algérien, fort de son million de kilomètres carrés exploitables, s’aborde désormais avec des technologies de pointe capables de révéler des potentiels gaziers et pétroliers de classe mondiale que les anciennes méthodes ne permettaient pas de valoriser.
Pourquoi les multinationales reviennent-elles maintenant ?
Ce double retour valide la stratégie de charme et de modernisation d’Alnaft et de Sonatrach. Les majors pétrolières et parapétrolières ne reviennent pas par nostalgie, mais pour trois raisons très pragmatiques :
1. La sécurité des investissements : Le dénouement positif du feuilleton Saipem prouve aux marchés internationaux que le cadre des affaires en Algérie offre désormais de solides garanties juridiques et financières.
2. L’accès à des zones vierges : La nouvelle licence de BP cible des zones frontalières et des bassins encore sous-explorés, là où se trouvent les futures découvertes majeures de la région.
3. Le timing parfait du « Algeria Bid Round » : Ces signatures interviennent au moment où l’Algérie s’apprête à lancer son grand appel d’offres international pour attirer de nouveaux capitaux. En se positionnant dès maintenant, BP et Saipem reprennent un coup d’avance.
En diversifiant ses partenariats et en s’appuyant sur l’expertise technologique de ces géants, l’Algérie ne se contente plus d’être un fournisseur historique fiable : elle redevient la destination incontournable de l’énergie en Méditerranée.
