Alors que le gaz naturel reste au cœur des enjeux énergétiques mondiaux, les pays arabes affichent en 2024 des trajectoires contrastées. Entre montée en puissance, stagnation et déclin, la nouvelle cartographie de la production régionale révèle des dynamiques profondes et stratégiques.
Ainsi, le Qatar, fidèle à sa stature de géant gazier, demeure en 2024 le premier producteur de gaz naturel du monde arabe, malgré un léger repli de sa production. Derrière, l’Arabie Saoudite surprend en signant une avancée spectaculaire, portée par une stratégie ambitieuse de diversification énergétique.
Un production en léger recul
À l’inverse, l’Égypte et l’Algérie marquent le pas, affectées par des difficultés structurelles et une demande intérieure en forte croissance. Selon les dernières données de l’unité de recherche énergétique Attaqa (Washington), la production cumulée de gaz des onze pays arabes analysés s’est établie à 610,3 milliards de mètres cubes en 2024, contre 613,9 milliards l’année précédente. Une légère baisse qui tranche avec la tendance haussière du marché mondial, lequel a enregistré une production record de 4,12 billions de mètres cubes.
Qatar : un leadership consolidé malgré un léger repli
Avec 179,5 milliards de mètres cubes extraits, le Qatar reste sans conteste le poids lourd régional du gaz, devançant de loin ses voisins. Toutefois, cette performance s’inscrit en baisse de 1,5 milliard de mètres cubes par rapport à 2023.
L’émirat mise néanmoins sur un avenir radieux : la première ligne du projet d’extension du gigantesque champ Nord-Est entrera en service dès 2026, avec une capacité supplémentaire de 32 millions de tonnes par an de gaz naturel liquéfié (GNL). L’objectif est clair : doubler les capacités actuelles pour atteindre les 160 millions de tonnes/an à l’horizon 2027, consolidant ainsi son statut de leader mondial.
Arabie Saoudite : une percée stratégique
Longtemps centrée sur le pétrole, l’Arabie Saoudite accélère sa transition vers le gaz. En 2024, le royaume a produit 121,5 milliards de mètres cubes, une hausse notable de 3,2 % par rapport à l’année précédente. Ce bond le place désormais au deuxième rang des producteurs arabes, devant l’Algérie. La dynamique est appelée à s’intensifier : le lancement du méga-projet Jafurah, destiné à exploiter un vaste gisement de gaz non conventionnel, est prévu pour 2025. D’ici 2030, la production pourrait atteindre les 2 milliards de pieds cubes par jour, faisant du royaume un acteur majeur de la filière gazière.
L’Algérie (et l’Égypte) à la peine
Symbole d’un recul préoccupant, l’Algérie voit sa production tomber à 94,7 milliards de mètres cubes, un niveau inédit depuis 2020. Le recul de 7 % sur un an s’explique notamment par des contraintes techniques, une consommation intérieure en hausse et un ralentissement des investissements.
Le constat est encore plus sévère pour l’Égypte. Avec seulement 47,5 milliards de mètres cubes, le pays enregistre une baisse vertigineuse de 17 %, retombant à son plus bas niveau depuis près d’une décennie. Incapable de répondre à la demande locale, le gouvernement a dû se résoudre à importer du GNL, prévoyant l’achat de jusqu’à 160 cargaisons dans les mois à venir pour éviter de nouvelles coupures de courant durant l’été.
Les Émirats, entre ambition et diversification
En quatrième position, les Émirats arabes unis poursuivent leur trajectoire ascendante, avec 61,4 milliards de mètres cubes produits, soit une croissance impressionnante de 10,8 % sur un an. Porté par Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC), le pays investit massivement dans l’exploration de ressources non conventionnelles et multiplie les projets d’infrastructure pour sécuriser son approvisionnement et ses exportations.
Des trajectoires contrastées dans la région.
À côté des grands producteurs, d’autres pays arabes affichent des trajectoires disparates :
● Oman poursuit sa progression avec 45,3 milliards de mètres cubes
● Bahreïn progresse également à 16,6 milliards
● Koweït affiche une légère hausse à 14,9 milliards
● Libye, en revanche, recule à 14,3 milliards
● Irak progresse à 11,9 milliards
● Syrie, enfin, reste marginale avec 2,7 milliards
Une nouvelle cartographie énergétique arabe en gestation
Ces données traduisent un profond bouleversement dans le paysage gazier du monde arabe. Alors que certains pays, portés par des projets de grande envergure, prennent une nouvelle envergure sur la scène énergétique mondiale, d’autres voient leur rôle s’amenuiser, fragilisés par des enjeux internes, des investissements insuffisants ou une gouvernance énergétique en crise.
L’année 2024 apparaît ainsi comme un tournant, où les écarts se creusent entre pays en expansion et producteurs en déclin. L’avenir du gaz arabe dépendra de leur capacité à innover, diversifier et répondre à une demande énergétique mondiale toujours plus exigeante.
