La récente détente diplomatique entre Paris et Alger ne saurait occulter l’ampleur des dégâts économiques accumulés au fil des derniers mois.
Ainsi, les chiffres publiés par le quotidien économique français «Les Echos» sont sans appel : les exportations agricoles françaises vers l’Algérie ont chuté de 62 % entre juillet 2024 et juin 2025, un effondrement qui sonne comme un tournant historique dans les relations commerciales bilatérales.
Le secteur agricole, première victime d’une crise politique
L’Algérie occupait jusqu’ici la place de deuxième plus grand marché africain pour les céréales françaises. Ce statut appartient désormais au passé. Sans instruction écrite du gouvernement algérien — contrairement au gel total des échanges avec l’Espagne entre 2022 et 2024 — les entreprises françaises se sont progressivement retrouvées bloquées dans leurs procédures d’exportation. Michel Bisac, spécialiste des échanges franco-algériens, résume l’ambiguïté de la situation : les freins étaient réels, diffus, et terriblement efficaces.
Au-delà des grands groupes, ce sont les structures les plus fragiles qui ont payé le prix fort. Sur les 6 000 PME françaises exportant vers le marché algérien, environ 10 % n’ont pas survécu à la crise, faute de capacité à absorber deux années de turbulences commerciales.
Dans le sillage de la France, les concurrents s’engouffrent
Le recul français n’est pas passé inaperçu. Pendant que Paris cherchait à se réconcilier avec Alger, Pékin, Rome, Ankara et Madrid avançaient leurs pions. La Chine consolide sa position de premier fournisseur de l’Algérie, tandis que les entreprises italiennes, turques et espagnoles gagnent du terrain sur les grands projets d’infrastructures — précisément les marchés où la France excellait autrefois.
Ibrahim Oumansour, analyste des relations économiques maghrébines, pointe une double pénalisation : la crise diplomatique d’un côté, l’offensive concurrentielle de l’autre. Pour lui, le véritable défi qui attend les entreprises françaises ne se limite pas à la restauration des liens politiques — il s’agit de reconquérir la confiance des acteurs économiques algériens, profondément ébranlée après près de deux ans de relations en dents de scie.
Une influence économique française en perte de vitesse
La France reste l’un des principaux investisseurs étrangers en Algérie, et la détente en cours pourrait ouvrir de nouvelles perspectives. Mais cette crise a révélé une réalité structurelle que les communiqués diplomatiques ne peuvent effacer : l’hégémonie économique française sur le marché algérien est désormais révolue. D’autres acteurs ont comblé le vide, et certains marchés perdus ne reviendront peut-être jamais.
